On peut garder d’une expérience un souvenir très vif et ne pas savoir par où commencer. Les mots paraissent trop petits, trop chargés de sens ou trop proches d’histoires déjà entendues. Ce décalage n’est pas une faute de récit. Il peut simplement faire partie de ce que l’on cherche à transmettre.

Raconter une expérience de mort imminente ne demande ni un talent particulier ni une version parfaitement achevée. Il s’agit de trouver une forme assez juste pour soi, puis de choisir à qui l’on souhaite la confier.

Commencer par ce qui reste

Le début de l’histoire n’est pas forcément le meilleur point d’entrée. On peut partir d’une sensation, d’une image, d’une émotion ou d’une phrase qui revient. L’ordre pourra se dessiner ensuite. Il peut aussi rester incomplet.

Une note brève ou un message vocal privé peuvent servir de premier appui. Ce qui compte n’est pas de tout dire, mais de conserver ce que l’on souhaite garder, dans une forme qui reste la sienne. On peut hésiter, recommencer, laisser un silence.

Avant de raconter, une question simple peut aider : qu’aimerais-je que quelqu’un comprenne de ce que j’ai vécu ? La réponse n’est pas nécessairement un événement. Ce peut être une émotion ou l’importance que l’expérience a prise dans sa vie.

Séparer le souvenir et le sens qu’on lui donne

Un récit gagne en justesse lorsqu’il permet de distinguer ce dont on se souvient et la manière dont on le comprend. « J’ai eu l’impression d’une présence » laisse entendre une expérience. « Aujourd’hui, je l’interprète ainsi » rend visible le chemin qui a suivi. [1]

Cette distinction ne retire rien à la profondeur du vécu. Elle laisse au contraire de la place à son évolution. Une personne peut changer de mots ou de convictions sans devoir renoncer à ce qui lui semble essentiel dans son souvenir.

Les recherches sur la mémoire des EMI s’intéressent aux caractéristiques de ces souvenirs, parfois décrits comme particulièrement riches. Cette intensité n’oblige pas à revendiquer une précision absolue sur chaque détail. Dire « je ne sais plus » reste une manière fidèle de raconter.

On peut transmettre quelque chose de juste sans prétendre avoir trouvé les mots exacts.

Les images peuvent ouvrir une porte

Une métaphore peut rapprocher de ce qui est difficile à décrire : « comme si le temps s’était ouvert », « une lumière qui semblait accueillir ». Elle n’est pas une définition. Elle est une tentative pour donner à l’autre un point d’approche.

On peut préciser qu’une image est approximative, qu’un mot convient seulement en partie. Une phrase telle que « je dis lumière, mais ce n’est pas exactement cela » transmet quelque chose d’important : la limite du vocabulaire utilisé.

La personne qui écoute peut accompagner cette recherche sans proposer tout de suite ses propres images. Demander « Est-ce le mot qui vous ressemble le plus ? » laisse davantage de liberté que suggérer ce qui aurait dû se produire.

Choisir ce que l’on confie, et à qui

Un récit peut rester intime, être partagé avec un proche ou rejoindre un espace collectif. Ces choix ne forment pas une progression obligatoire. Parler à une seule personne peut suffire. Garder certains passages pour soi est aussi un choix légitime. [2]

Avant un partage plus large, il est utile de savoir qui pourra lire ou écouter, ce qui sera conservé et si une publication est prévue. Les détails médicaux et les informations concernant d’autres personnes méritent une attention particulière. On peut raconter l’essentiel sans tout rendre public.

Les difficultés à communiquer une EMI apparaissent dans les travaux consacrés aux besoins de soutien. Trouver un interlocuteur respectueux compte ; cela ne signifie pas qu’il faille obtenir son accord sur une explication du vécu.

Un récit n’est pas terminé le jour où il est partagé. Il peut être repris, nuancé, laissé de côté. L’essentiel est peut-être de pouvoir reconnaître sa propre voix dans les mots que l’on choisit.

POUR ALLER PLUS LOIN

Sources & prolongements

  1. Les caractéristiques des souvenirs d’EMI (nouvel onglet)

    Marie Thonnard et ses collègues · PLOS ONE · une étude sur la richesse subjective des souvenirs.

  2. Les besoins de soutien après une EMI (nouvel onglet)

    Marieta Pehlivanova et ses collègues · Psychology of Consciousness · communiquer l’expérience et rechercher une écoute (PDF, en anglais).

Un texte de réflexion éditoriale : les récits personnels, leurs interprétations et les résultats de recherche gardent chacun leur place.

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