Il arrive que l’expérience paraisse d’une grande clarté intérieure et que le premier récit reste hésitant. Le langage demande des lieux, une chronologie et des comparaisons ; le souvenir ne se présente pas nécessairement ainsi.

Vous n’avez pas à produire une version définitive pour que votre parole ait une valeur. Un récit peut rester partiel, changer de forme ou garder certains passages dans le silence.

Décrire avant d’expliquer

Essayez de séparer ce dont vous vous souvenez de ce que vous en pensez aujourd’hui. « J’ai eu l’impression de percevoir la pièce » décrit un souvenir ; « cela signifie que… » propose déjà une interprétation. Les deux peuvent avoir leur place, à condition de reconnaître leur différence.

Vous pouvez conserver les hésitations : une durée inconnue, une sensation sans image, deux éléments dont l’ordre vous échappe. Laisser un blanc est parfois plus fidèle que le combler. Un récit n’a pas besoin d’être lisse pour être compréhensible.

Accueillir la force du souvenir

L’étude de Marie Thonnard et de ses collègues décrit des souvenirs d’EMI rapportés comme particulièrement riches en caractéristiques sensorielles et émotionnelles. Elle porte sur la manière dont ces souvenirs sont vécus ; elle ne vérifie pas chaque perception extérieure. [1]

Il est possible de transmettre cette force sans demander à votre interlocuteur de conclure à votre place. Vous pouvez raconter ce qui vous a marqué, ce qui demeure difficile à nommer et ce que vous souhaitez qu’il comprenne de votre vie actuelle.

Votre récit peut garder ses blancs et rester profondément juste pour vous.

Choisir un support qui laisse respirer

Quelques mots sur un carnet, un dessin, une note vocale ou une conversation peuvent vous convenir davantage qu’un long texte. Vous pouvez commencer par un seul fragment et décider ensuite si vous souhaitez poursuivre.

Pour garder une trace, distinguez éventuellement les notes proches de l’événement de vos réflexions plus récentes. Il ne s’agit pas de contrôler votre mémoire, mais de pouvoir retrouver votre propre cheminement. Conservez ces documents dans un endroit dont vous choisissez l’accès.

Décider ce qui devient partageable

IANDS invite notamment à réfléchir à la confiance, à la patience de l’interlocuteur et au respect de la confidentialité avant un partage. Ces repères peuvent vous aider à choisir un cadre qui vous convient. [2]

Écrire n’engage pas à publier. Vous pouvez demander qu’un récit reste privé, retirer un détail ou garder une version pour vous. Avant tout envoi, prenez le temps de regarder qui recevra vos mots et dans quel cadre ils pourront être utilisés.

POUR ALLER PLUS LOIN

Sources & prolongements

  1. Les caractéristiques des souvenirs d’EMI (nouvel onglet)

    Marie Thonnard et ses collègues · PLOS ONE · une étude sur les caractéristiques rapportées de ces souvenirs, en anglais.

  2. Parler de son expérience à une personne de confiance (nouvel onglet)

    IANDS · repères pour choisir son interlocuteur et préserver sa confidentialité, en anglais.

Un texte de réflexion éditoriale : les récits personnels, leurs interprétations et les résultats de recherche gardent chacun leur place.

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